mars 8, 2021

Le principe de transfert est la dynamique même par laquelle un sujet s’approprie un savoir et l’intègre dans son propre développement afin d’accéder à de nouveaux savoirs. En fait, il s’agit de penser pédagogiquement en quelque sorte la dialectique assimilation/accommodation telle que Piaget a pu la décrire. Divers travaux ont montré que le transfert, dans le champ pédagogique, pouvait faire l’objet de trois approches à des niveaux de complexité différents.

les principes de transfert

Premier niveau

La question du transfert renvoie à la possibilité d’utiliser une connaissance, une compétence ou une expertise d’une situation à une autre. Cela suppose que le sujet ait identifié des similitudes sur le plan des structures des deux situations considérées. Et qu’il s’essaye à décontextualiser ce qu’il a acquis dans une situation pour tenter de le recontextualiser ailleurs. Une telle démarche peut, d’ailleurs, être objet de formation dans la mesure où le maître s’efforce d’introduire en permanence dans son enseignement une dynamique qui amène l’élève à se projeter dans le futur. Et à envisager des usages possibles de ce qu’il est en train d’apprendre.

Elle peut également se faciliter par l’incitation, à chaque découverte d’un problème nouveau; à rechercher dans les situations-types qu’il a déjà rencontrées; et auxquelles il est parvenu à faire face celles qui se rapprochent le plus de ce qu’il doit affronter.

Deuxième niveau

Le principe de transfert renvoie à la possibilité de faire des ponts entre des disciplines différentes. Entre la situation de formation et la situation de travail, entre les savoirs scolaires et la vie personnelle et sociale du sujet. Cela suppose ici, non pas seulement une transposition, le « transport » d’un outil d’une situation à une autre. Mais, bien plutôt, une véritable reconstruction de schèmes d’action en fonction de ce qui a déjà été appris. Et des éléments nouveaux que l’on rencontre, en fonction également de l’environnement particulier dans lequel on se trouve maintenant, de ses codes sociaux et de ses habitudes, de l’histoire spécifique d’un sujet qui rencontre d’autres histoires et doit en tenir compte pour intégrer ce qu’il était et savait déjà dans une situation sociale nouvelle.

On est loin ici du premier niveau, qui isolait en quelque sorte artificiellement un segment rationnel dans le fonctionnement mental du sujet; le dégageait de toute histoire, de tout enjeu collectif et symbolique pour ne s’attacher qu’à une logique formelle des habiletés transférables. On voit que, là encore, l’enseignement peut favoriser ce type de transfert. Et ce en s’efforçant de modifier les situations d’inscription sociale et symbolique des savoirs transférés. Et en travaillant avec les élèves eux-mêmes sur la complexité des conditions de transfert ainsi analysées.

Troisième niveau du principe de transfert

principe de transfert

La question du transfert renvoie à la possibilité même d’intégrer des connaissances mortes dans une dynamique personnelle; et à se constituer comme sujet de ses propres actes. En effet, il ne suffit pas qu’un sujet possède la compétence cognitive qui convient à un problème pour qu’il l’utilise pour le résoudre. Il faut encore qu’il le veuille ou, plutôt, que sa saisie de la situation; le sens qu’il lui donne, l’intention qu’il a par rapport à elle; lui fasse percevoir comme un objet possible d’application de cette compétence.

Autant dire que le transfert n’a rien ici d’une mécanique; mais renvoie bien à une démarche qui interroge au premier chef; le rapport entre la culture transmise et l’identité personnelle construite. En tant que principe régulateur des pratiques pédagogiques; le transfert pose ainsi la question des moyens pour que des savoirs soient intégrés par des personnes; et contribuent à leur développement individuel et collectif.

En ce sens, le principe de transfert peut être défini comme une démarche de construction identitaire. Mais une démarche où l’identité n’est jamais fixation, enracinement définitif dans un donné, limitation sécuritaire dans le connu. Une démarche où l’identité est un parcours jamais achevé, une mise en relation systématique. Une interrogation réciproque de ce qui constitue les points d’appui nécessaires mais limités de la construction de soi.

Ainsi le transfert peut-il être compris comme le chaînage logique et sans doute unique qu’opère le sujet entre les choses. Il est l’inférence problématique et indéterminable objectivement entre ces mêmes choses du point de vue de l’observateur. Et c’est pourquoi il convient tant d’être attentif aux liens, aux articulations, aux transitions subtiles. En plus des projections brutales qui permettent à l’élève de se construire une histoire largement imprévisible; et qui l’instituent véritablement comme sujet.

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