mai 13, 2021

L’image de l’enseignement des langues est celle d’un processus complexe, qui se développe selon des règles sur la base de certaines constellations de facteurs. Ce qui se modifie au cours de l’acquisition, ce sont des aspects du processeur linguistique, c’est-à-dire de la capacité à comprendre et à produire du langage. Le processus linguistique, sous la pression de certains dynamismes, s’adapte aux matériaux linguistiques nouveaux pour lui, et remanie ses capacités en fonction de ceux-ci. Pour ce faire, il utilise toutes ses connaissances disponibles.

Peut-on intervenir sur le processus linguistique d’abord?

Il est possible d’influencer dans certaines limites la structure du développement, le rythme et l’état final du processus linguistique, de façon ciblée et systématique. Pour y parvenir, on ne peut que modifier habilement les facteurs intervenant dans l’acquisition et leur interaction. De ce point de vue, les différents facteurs sont plus ou moins propres à se laisser modifier. Les plus aisés à manipuler sont tout d’abord l’accès à la langue. Et cela sous ses deux aspects principaux : l’entrée, et les possibilités de communiquer. L’impulsion à apprendre est également manipulable, mais plus difficilement. C’est le processeur linguistique qui est le moins facile à guider.

En effet, le cadre biologique, c’est-à-dire la capacité auditive, la mémoire, etc., ne sont pas totalement stables. Mais ils ne se laissent modifier intentionnellement que dans des limites étroites. Le processeur linguistique possède certaines caractéristiques qui échappent à toute intervention. Il faut tenter de comprendre ses règles de fonctionnement. En d’autres termes, on doit saisir les principes qui régissent le processeur linguistique humain. Ces principes du traitement linguistique ne peuvent pas être modifiés de l’extérieur (ou du moins pas de façon notable). Mais nous pouvons nous laisser guider par eux; par exemple en organisant les données linguistiques de l’entrée de façon optimale par rapport à ces principes.

Pour guider systématiquement le processus d’acquisition, il faut donc auparavant accomplir les trois tâches suivantes.

Elucider les règles du processus linguistique

Il faut élucider les règles selon lesquelles le processeur linguistique humain fonctionne au cours du processus d’acquisition. Pour les découvrir, il est préférable d’étudier l’acquisition lorsqu’elle ne se produit pas sous l’influence d’une méthode particulière. Mais lorsqu’elle se déroule naturellement, comme depuis des centaines de milliers d’années. Autrement dit, pour découvrir les principes du traitement linguistique humain, il faut d’abord (mais pas seulement) analyser l’acquisition linguistique non guidée. Plus on en saura sur les principes du traitement linguistique, plus on pourra tenter de s’y adapter; par exemple en créant des conditions optimales pour l’accès à la langue, en préparant les données linguistiques de l’entrée en fonction de ces principes, etc.

Accroitre l’action du processeur linguistique

La seconde tâche est ensuite d’établir comment on peut effectivement aider le processeur linguistique, et comment on peut accroître son action. Toute méthode d’enseignement se donne précisément ces deux possibilités d’intervention. Mais on se heurte là aussi à des frontières très strictes. Plusieurs des forces d’impulsion les plus importantes, comme l’intégration sociale, sont en général non pertinentes dans l’enseignement, et par ailleurs elles ne peuvent pas être recréées artificiellement.

On ne peut pas non plus recréer facilement les besoins de communication. Cela signifie que les facteurs d’impulsion de l’acquisition qui sont les plus puissants échappent complètement à l’intervention pédagogique. Lorsque l’on parle, en didactique des langues, de la motivation de l’élève; on a généralement à l’esprit la modification de facteurs d’impulsion comparativement beaucoup plus faibles; comme l’attitude par rapport à la langue ou la culture cible, ou bien des besoins de communication très ponctuels, comme par exemple la compréhension des paroles d’une chanson.

Définir l’état final à atteindre

En général, du point de vue de l’enseignement, on ne s’attache pas à modifier la structure du développement linguistique. Mais on vise un certain état final, que l’on souhaite faire atteindre aussi rapidement que possible aux élèves. La troisième tâche préalable est donc de définir de façon précise l’état final de connaissance de la langue visé. Dans l’enseignement des langues étrangères en milieu scolaire ou universitaire; cet état final est en général formulé en termes d’une norme linguistique prescriptive. Et on évalue sur la base des fautes grammaticales la distance qui sépare l’apprenant de cette norme du processus linguistique.

Cette façon de remplir la troisième tâche est très pratique, parce qu’elle est simple. Mais elle n’est pas très pertinente. Et ce dans la mesure où la capacité à comprendre et à produire dans une langue est une chose différente de la possession d’une norme prescriptive donnée. D’autant plus que ce qui est stipulé dans les bonnes grammaires et les dictionnaires de référence; ne constitue qu’une partie de ce qui constitue la maîtrise d’une langue.

Quelle utilité pour ces trois tâches ?

La recherche psycholinguistique nous a déjà fourni quelques aperçus sur la façon dont fonctionne le traitement linguistique humain. Mais on ne peut certainement pas dire que nous sommes en mesure de saisir dans leur ensemble ses régularités de façon pertinente pour l’acquisition. En conséquence, il est encore impossible d’optimiser par rapport aux objectifs les interventions là où elles sont concevables. Tant que nous n’avons pas une représentation claire de la façon dont notre esprit construit des connaissances nouvelles sur la base des connaissances disponibles. Et dont il élabore ces connaissances à partir des informations venues du monde environnant. Nous ne pouvons nous fonder que sur l’expérience pratique pour sélectionner les données linguistiques d’entrée à proposer à l’apprenant. Mais celui-ci peut très bien être incapable de faire usage de certains de ces matériaux linguistiques; si les règles qui régissent le processus linguistique exigent d’abord d’autres connaissances.

Si ces réflexions sont justes, elles font apparaître l’utilité potentielle de l’étude de l’acquisition des langues étrangères sous un jour à la fois positif et négatif :

Sous un jour négatif, parce que les tâches que nous avons inventoriées ci-dessus ne sont accomplies que très partiellement ; la discipline n’est pas encore assez avancée. Affirmer que l’enseignement des langues doit être mené de telle ou telle façon sur la base des progrès de la linguistique ou de la neurophysiologie serait naïf ou prétentieux.Sous un jour positif dans la mesure où ces trois tâches sont complexes mais non utopiques. Elles vont être accomplies pas à pas et certains pas sont déjà franchis. Il est vraisemblablement plus facile d’accomplir ces tâches que de créer les conditions institutionnelles pour un enseignement plus efficace des langues étrangères.

Pour conclure

Un enseignant de langue étrangère ou quelqu’un qui élabore des cours de langue pourrait dire, et avec raison; que l’on ne peut pas attendre les résultats de ces recherches. Mais l’élucidation des règles de l’acquisition de langue étrangère est un processus progressif. Et non une affaire de tout ou rien. Sur la base de ce que nous savons aujourd’hui, on peut certainement déjà éviter certaines erreurs. Ce qui est clair, en tout cas, c’est que nous devons prendre en compte la force de la dynamique interne du traitement linguistique; c’est-à-dire entre autres du processus linguistique humain.

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